Un homme de foi et un homme de mots

Ce fut une intéressante surprise de trouver à la médiathèque d’Orléans le livre de Daniel Cohn-Bendit et d’Henri Guaino: La France est-elle soluble dans l’Europe ? aux Éditions Albin Michel-Fondation Marc-Bloch, 1999.

La fondation Marc-Bloch avait invité la tête de liste des verts pour les européennes de 1999 à débattre avec l’ancien commissaire au Plan Henri Guaino, démissionné pour crime de lèse-pensée unique. Ce livre contient les éléments de ce dialogue.

Appel fondateur du 2 mars 1998 de la Fondation Marc-Bloch:

En dépit des promesses répétées des gouvernants de donner la priorité à la bataille de l’emploi, voilà vingt-cinq ans que le chômage progresse en France. Cette situation provoque une décomposition sociale et politique inédite: la population comprend mal pourquoi une nation toujours plus riche génère tant d’inégalité, de pauvreté et d’insécurité sociale. [   ] .Nous pensons, par conséquent que nous allons entrer dans une zone de hautes turbulences.  Le fragile édifice européen, incapable de rassembler les peuples dans une nouvelle démocratie, risque d’en être secoué. En France, la décomposition politique, dont la progression du Front national est la manifestation politique la plus inquiétante, peut en être mécaniquement accélérée. Nous devons nous préparer à cette crise. [   ]. Voilà pourquoi nous créons la Fondation Marc-Bloch. [   ].

Des membres fondateurs: Michelle Cotta, Max Gallo, Henri Guaino, Jean-François Khan, Jacques Marseille (décédé), Philippe Meyer.

Des extraits:

Sommaire: Europe : le débat, enfin ! Que reste-t-il de la République ? L’euro, le chômage et la politique, Peut-on encore sauver l’Europe ? Faire l’Europe pour changer la France ? L’Europe sociale, fantôme ou projet ? France-Allemagne : comment sortir de la crise ? L’Europe d’une seule voix ? L’Europe dont nous rêvons.

Henri Guaino: Tout dépend de ce qu’on entend par « exception française ». S’il s’agit du sentiment national, la réponse est oui. Daniel Cohn-Bendit: « Le » sentiment d’appartenance « très fort » à la nation française n’est pas si multiséculaire que cela. il est né avec le train, l’école publique et la guerre de 1914.

Henri Guaino: Que signifie un code de la nationalité européenne s’il n’y a pas de nation européenne? Le débat est d’abord entre les Français eux-mêmes. D’un coté les républicains, ou plutôt, comme on le dit dans certains journaux, les « nationaux-républicains », c’est à dire ceux qui croient encore à la nation, à l’État et à la République, de l’autre ceux qui n’y croient plus, et que j’appellerai « les libéraux, libertaires, fédéralistes ». Daniel Cohn-Bendit: Pour moi la conception républicano-jacobine de la France n’est plus valable. Il faut donc appliquer le principe de subsidiarité aux rapports États-Régions. Cela permettra une meilleure utilisation de l’argent public et un meilleur contrôle démocratique par les citoyens.

Henri Guaino: Les mots ont un sens! Dans l’histoire intellectuelle et politique française, le mot République a un sens. C’est lorsque les mots ne veulent plus rien dire qu’il n’y a plus de débat politique possible. Daniel Cohn-Bendit: Eh bien ce sens a changé et j’en donnerai un exemple. Il y a eu un vaste débat sur le code de la nationalité. Ce code fonde la capacité intégratrice de la République, il est une de ses portes d’entrée. La première version du code de la nationalité, celle de 1789, accordait la nationalité française à qui conque séjournait sur le territoire depuis au moins un an.

Alors, en guise de conclusion, pouvez-vous expliquer de quelle Europe vous rêvez?

Henri Guaino: La bonne question n’est pas « quelle Europe » mais « quelle société », « quelle civilisation »? Et comment l’Europe peut-elle servir ce projet? L’Europe est un projet de civilisation ou elle n’est rien. Et de quelle civilisation, sinon de la nôtre, peut-il s’agir? Je veux dire, de ce qui fait que l’homme européen est un peu différent des autres. Il n’y a pas de peuple européen et les États-Unis d’Europe sont une chimère. D’abord, dire non, donc! Ne pas se laisser embarquer dans ce projet-là, ne pas se laisser prendre à l’argutie du sens de l’Histoire. Nous n’avons pas le choix, nous ne sommes pas obligés, il n’y a pas qu’une seule politique possible. L’Europe comme projet de civilisation. Le droit au service des valeurs. L’économie au service du bien-être. L’Europe pour exprimer dans le monde une certaine idée de l’Homme. Daniel Cohn-Bendit: Je veux une Europe où vivent des gens qui, entre eux, se diront européens et seront reconnus comme tels par les habitants des autres régions du monde. Je veux un État fédéral européen doté d’un gouvernement et, pourquoi pas, d’un président, doté surtout d’un Parlement contrôlant ce gouvernement, élu au suffrage universel direct et, dans l’idéal, à la proportionnelle. Ma priorité va à la jeunesse. Il s’agit de favoriser les échanges: dans le domaine de la culture, au sens classique, comme dans celui de la culture en train de se faire ou de se réfléchir. C’est cela, construire l’Europe des peuples: que chacun puisse connaître et s’approprier ce qui fonde les sociétés européennes autres que la sienne.  Nous devons nous en donner les moyens.

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